Vendredi 1 septembre 2006
Parti ici, chercher ça. Je me croise les doigts!
Jonas
Par Jonas
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Publié dans : Voyages, voyages ...
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Lorsque j'ai aperçu la couverture du livre Albucius de Pascal Quignard, j'ai immédiatement pensé à la fresque de la villa des Mystères (Pompéii) - en fait il s'agit bel et bien d'une image de portion de cette fresque, l'initiation au culte. J'ai vu cette fresque il y a quelques mois déjà et je me rappelle que j'avais été très impressionné sur le coup par sa qualité malgré les siècles qui se sont écoulés depuis sa création et aussi par toute l'histoire qui peut être racontée en analysant les différents tableaux.
Pour être honnête, je n'avais jamais entendu parler de cette fresque avant de la voir sur place (ça sert à ça les voyages, non?) et j'ai eu la chance de l'observer en même temps qu'un guide (français et plutôt mignon de surcroît, mon jour de chance!) d'un groupe responsable d'écoliers prenait la peine de leur expliquer la signification des différents tableaux. Je suis donc resté plusieurs instants à admirer le guide les peintures et à écouter d'une oreille attentive ce qu'il avait à raconter sur le sujet.
En fait, j'ai toujours été fasciné par cette période de l'Antiquité dominée par les Romains et le livre de Pascal Quignard nous replonge justement à l'époque du règne de Caius Julius Caesar en relatant la vie et l'oeuvre du romancier Caius Albucius Silus qui sert de cadre à son roman.
L'auteur s'est servi, pour bâtir son roman, de plusieurs extraits de textes à saveur morale d'Albucius ou encore de ce que des gens qui ont eu la chance de le côtoyer ont écrit sur lui ainsi que leurs opinions des textes du romancier. Il y a plusieurs citations en latin (avec traduction par la suite, bien évidemment) dont voici un exemple que je trouve très beau, tiré du texte Pauper naufragus (Le pauvre naufragé):
<< Lacrimae coacti doloris intra praecordia et intolerabilis silentii eruptio. (Les larmes sont l'explosion brusque d'une douleur cachée au fond du coeur et la brèche d'un silence que l'on n'a plus la force de garder.) >>
Albucius, P. Quignard, p. 218
J'ai aussi trouvé très intéressant et même surprenant de découvrir à quel point les récits de l'époque ont été très souvent le théâtre de drames familiaux ou conjugaux assez violents qui aboutissaient la plupart du temps devant la justice pour se régler:
<< Elle descend à la ville en tenant son ventre qu'ils ont frappé, en tenant sa vulve qu'ils ont rendue inutile. (...) Cinq ans ont passé. Le mari répudie sa femme pour stérilité. La patricienne s'adresse au tribunal. Elle poursuit son mari pour ingratitude.
- J'ai donné pour toi mon ventre non au pénis mais aux tenailles, non à l'eau de ta bouche mais au feu. A-t-on vu que les tenailles donnent des enfants?
- Mon nom s'anéantit. Que dirai-je à mes pères? Il se détourneront de moi. " Tu as laissé le nom que nous t'avions donné, diront-ils, comme une cosse vide. Cela faisait des saisons que ces lettres sonnaient dans les bouches romaines. Un nom dépourvu de sang, de bras, de visage, n'est même pas une écorce de pistache de l'île d'Égine." >>
Albucius, P. Quignard, p. 161-162 (tiré de: Torta a tyranno pro marito, La femme torturée)
On voit ainsi les personnages des textes d'Albucius qui doivent faire face à des dilemmes d'ordre moral qui nous démontrent quelles étaient les moeurs à cette époque. Encore plus intéressant et révélateur des moeurs Romaines (de mon point de vue) de voir quelle est la réaction d'Albucius lorsqu'on lui reproche d'être homosexuel:
<< Ecquid mihi licet seniles annos meliore vita reficere? (Ne m'est-il par permis de retremper ma vieillesse dans une vie plus agréable?) >>
Albucius, P. Quignard, p. 168
C'est donc dire que l'homosexualité n'était pas bien vue, mais qu'en même temps on la tolérait puisqu'il en était question de façon pas toujours subtile dans quelques récits d'Albucius. Plusieurs parallèles à faire avec la tolérance envers l'homosexualité 2000 ans plus tard; j'ai l'impression que la situation n'était en fait pas si différente d'aujourd'hui au temps des Romains, peut-être est-ce moi qui se trompe?
Jonas
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